La calima : du Sahara à l'Amazonie via Gran Canaria
(Article proposé par Nicole COPPENS, micro-bénévole au Club Francophone et grande connaisseuse de Gran Canaria). Merci Nicole.
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Pour tout habitant de l’Archipel, la calima aux Canaries est une vieille connaissance. Ce voile ocre qui brouille l’horizon et nous oblige à fermer les fenêtres est, en réalité, l’un des phénomènes météorologiques les plus complexes et fascinants du monde. Ce n’est pas seulement de la « poussière du désert » ; c’est un écosystème flottant qui parcourt des milliers de kilomètres avant de se déposer sur le Teide ou les dunes de Maspalomas.
Mais que cache ce phénomène au-delà de la saleté et de la chaleur ? Nous te dévoilons ici plusieurs faits surprenants qui changeront ta façon de regarder le ciel la prochaine fois que le vent soufflera de l’est.
1. Un engrais mondial : du Sahara à l’Amazonie
Même si, pour nous, c’est une nuisance, la calima aux Canaries joue un rôle clé dans l’équilibre de la planète. Cette poussière est riche en phosphore et en fer. Il a été démontré que les tempêtes de sable qui traversent les îles atteignent l’Amérique du Sud, où elles constituent le principal engrais naturel de la forêt amazonienne. Sans la poussière saharienne, le « poumon du monde » ne serait pas aussi vert.
2. Ce n’est pas que du sable : un « bus » de micro-organismes
Des scientifiques ont analysé les particules de la calima et y ont trouvé bien plus que des minéraux. Dans cette poussière voyagent des bactéries, des virus, des spores de champignons et même des traces de métaux lourds provenant de zones industrielles du nord de l’Afrique. C’est pourquoi son impact sur la santé va au-delà d’une simple irritation de la gorge.
3. L’effet « barrière » contre les ouragans
C’est l’un des faits les plus surprenants. La couche d’air saharien est extrêmement sèche et chaude. Lorsqu’elle se déplace au-dessus de l’Atlantique, elle agit comme une barrière qui empêche les systèmes orageux de s’organiser, contribuant ainsi à freiner la formation d’ouragans pendant la saison estivale.
4. Calima ou Sirocco ?
Même si nous utilisons souvent les deux termes, aux Canaries nous appelons « sirocco » l’invasion d’air très chaud et sec qui accompagne généralement la calima la plus intense. Le nom vient de l’arabe shaluq (vent de sud-est). C’est lui qui fait grimper les températures au-delà de 40 °C en plein hiver dans certaines zones des îles.
5. L’impact sur l’énergie solaire
Lors d’un épisode intense de calima aux Canaries, la production d’énergie photovoltaïque peut chuter jusqu’à 30 %. Les particules en suspension ne bloquent pas seulement le rayonnement solaire : la couche de poussière qui se dépose sur les panneaux réduit fortement leur efficacité jusqu’à ce qu’ils soient nettoyés.
Impact sur la santé : quand faut-il s’inquiéter ?
Au sein de la communauté du Club Francophone, beaucoup d’entre vous ont déjà été affectés par la calima !
La calima se mesure par la concentration de particules PM10 (inférieures à 10 microns). Lorsque ces concentrations dépassent 50 microgrammes par mètre cube, la qualité de l’air devient « défavorable ».
Les experts en santé des Canaries recommandent:
• Éviter le sport en plein air : les poumons agissent comme un filtre qui se sature rapidement avec cette poussière fine.
• Hydratation constante : la calima assèche les muqueuses, ce qui favorise les infections respiratoires.
• Port du masque (FFP2) : c’est le seul vraiment efficace pour filtrer les plus petites particules, susceptibles de passer dans le sang.
La calima aux Canaries continuera de faire partie de notre ADN climatique, mais connaître ses secrets nous aide à mieux cohabiter avec ce géant orange qui, pour le meilleur ou pour le pire, relie nos îles au cœur du continent africain.
Source: Diario de Avisos, 18/4/2026
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